de Gabriela Mistral
J'ai porté une coupe
d'une île à une autre île, sans faire frémir l'eau ;
versée, je décevais la soif ;
pour une goutte, le don était caduc ;
perdue, elle aurait fait couler des pleurs.
Je n'ai point salué les villes,
ni jeté ma louange à leur envol de tours.
Je n'ai pas ouvert mes bras sur la grande Pyramide,
ni fondé foyer avec cercle d'enfants.
Mais, en remettant la coupe, j'ai dit,
l'éclat d'un soleil neuf sur ma gorge :
«Mes bras sont libres comme les nuages sans maître
et mon col est bercé sur la colline
par l'invite des vallées.»
Mensonge que mon Alléluia : regardez-moi.
J'avance le regard sur mes mains, lentement,
sans diamant d'eau,
silencieuse et sans trésor
et, dans ma poitrine et à mes poignets,
mon sang bat à grands coups d'angoisse et de peur.