de Roland Giguère
[...]
nous avions beaucoup à faire
nous avions à espérer pour des milliers d'autres
qui n'espéraient plus
nous avions trop à faire
rire et pleurer à la fois
on voyait la vie s'en aller en balançant les hanches
encore fraîche et séduisante
encore provocante
la vie s'en allait
la vie prenait le train de midi
et penchée à la portière elle nous faisait signe de la main
nous nous étions tous rendus à la gare
proprement habillés
chemise blanche et cravate rouge
nous étions au départ de la vie
elle partait
et nous la regardions partir lui souhaitant bonne chance
bon voyage
bon voyage
LA VIE S'EN ALLAIT
et quand elle fut partie on se mit à se regarder
l'un et l'autre tristement les uns les autres
sachant bien qu'elle était partie pour toujours
qu'elle ne reviendrait plus
elle était partie
nous laissant ici
en plein midi
nous ne savions que faire - où aller
tellement habitués nous étions de vivre avec elle
il était midi
nous nous en souviendrons
il était midi
la lune était déjà haute au-dessus de nos fronts
armes blanches à la main
la nuit attaquait de partout
le jour faiblissait
les animaux s'agitaient rugissaient
le ciel rougissait
la forêt vierge hurlait de douleur
le sable absorba autant de vagues qu'il pût
puis se noya
se laissa noyer
à bout de forces
il n'était pas le seul...
NOUS nous étions seuls.