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Publié le jeudi 13 avril 2006

Jeudi 13 avril 2006

de Pedro Calderón de la Barca

Rosaura :

Ah, si je pouvais ne pas le savoir !

Le ciel me garde ! Que ne suis-je

assez prudente et avisée

pour prendre conseil de moi-même

aujourd'hui, en pareille occasion !

Est-il quelqu'un au monde

que le ciel inclément

accable de plus de malheurs,

harcèle de plus de tourments ?

Que faire en une si grande confusion,

où il semble impossible

que je puisse trouver

une raison qui me soulage,

ou un secours qui me console ?

Depuis mon premier malheur,

nul évènement, nulle circonstance

qui ne soit un nouveau malheur ;

les uns aux autres ils se succèdent,

l'un de l'autre héritant sans trêve.

À l'imitation du Phénix,

ils renaissent les uns des autres,

vivant de cela même qui leur donne la mort,

et de leurs cendres le sépulcre

sans cesse demeure embrasé.

Un sage déclarait un jour

que le malheur était un lâche,

car il lui paraissait qu'il ne vient jamais seul ;

moi je dis qu'il est courageux,

car toujours il va de l'avant,

et jamais ne tourne le dos.

Celui que le malheur accable,

peut avoir toutes les audaces,

car il n'a certes pas à craindre

d'en être abandonné jamais.

Je suis placée pour le dire,

car jamais, à aucun instant de ma vie,

les malheurs ne m'ont fait défaut ;

jamais non plus ils n'ont eu de répit

qu'ils ne m'aient vue, blessée par le destin,

dans les bras de la mort.

 

 


suricate | Ajouter un commentaire | 2006-04-13 16:59:49
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